L’Avantgarde en Russie

CONSTRUCTIVE LIFE IS THE ART OF THE FUTURE.

Down with ART as bright PATCHES on the undistinguished life  of the man of property.

Down with ART as a precious STONE midst the dark and  filthy life of the pauper.

LIFE, conscious and organized, capable of SEEING and  CONSTRUCTING is modern art.

Consciousness, EXPERIMENT, goal, CONSTRUCTION, technology  and mathematics, these are the BROTHERS of modern ART.

  — slogans écrits par le constructiviste Aleksandr Rodchenko en 1921. *1

Quelles sont les différences entre l’avant-garde russe et celles de l’ouest?*2

Si les avant-gardes se placent radicalement en opposition contre la société dominante, et contre l’art courant, les enjeus devraient être considerablement différents entre celles qui se trouvent dans une société qui vient d’accomplir une révolution communiste, et celles qui luttent dans des sociétés pris dans l’acceleration sans précédant du capitalisme […]. Comme les avant-gardes de l’ouest, les constructivistes rejetaient l’art du passé, dit bourgeois, et se posaient la tâche de déveloper une pratique de l’art complêtement nouvelle. C’était la tentative de créer l’art absolument autonome. Les constructivistes éxploraient les possibilités de la construction dans et de l’éspace, avec une attention très concrete sur les lois strictes du géometrie. La question de la composition des formes sur un plan ou dans l’éspace à trois dimensions leur occupait. Ces essais traversaient les moyens: la peinture, le dessin, les constructions à trois dimensions, l’architecture, le dessin des vêtements, la décoration de plateau pour le cinéma et le théatre, etc […].

On ne peut pas sur-estimer la différence entre la position envers l’idéologie dominante des surréalistes et celle des constructivistes. Ceux-là percevaient la société capitaliste dans laquelle ils se trouvaient comme trop rationalisée, efficace, ordonnée, manquant tout aspect de surprise, spontanéité, merveilleux. Donc ils réagissaient avec le choc, l’irrationalité, le gaspillage – et se nommaient les surréalistes, le DADAïstes.*3  Par contre, ceux-ci se trouvaient dans une société qui venait de subir une révolution contre le capitalisme,*4  et embrassaient la nouvelle direction donnée par le communisme, qui répondait à la société bourgeoise pas par l’irrationalité mais par une nouvelle ordre rationelle.

Pour les constructivistes, les moyens de la révolution dans l’art et dans la vie sociale étaient alors éxactement les contraires que ceux des avant-gardes françaises: ils demandaient un art nouveau basé sur le rationalité, l’utilité, l’efficacité. Une autre raison importante pour la différence entre les projets surréalistes/dadaïstes et ceux des constructivistes, était le statut concret que les artistes occupaient dans leurs sociétés respectives. En France, les avant-gardistes n’étaient pas pris au sérieux par l’établissement culturel (à l’époque au moins), et leur désir de transformer la vie quotidienne n’était évidamment pas apprécié par les autorités constituées.

L’Avantgarde en Russie

Avec la révolution d’Octobre le statut des avant-gardistes dans la Russie tsariste commencait de changer. Le nouvel gouvernement communiste voyait des corrélations entre le but des avant-gardistes de remplacer l’ancien art bourgeois par quelque chose tout-à-fait nouveau, et la tâche de bâtir une nouvelle société socialiste. En conséquence, beaucoup d’artistes avant-gardistes qui étaient marginalisés avant la révolution commencaient à jouer un rôle plus important dès 1917, reçevant des commissions officielles et étant considérés comme participants dans la construction de l’U.R.S.S.*5

 Il faut demander maintenant plus précisement comment la pratique constructiviste se liait au projet socialiste, et dans quelle mesure elle était rationaliste. Bien que la plupart des tableaux sont non-objectifs, on y trouve aussi des objects réels répresentés, comme par example un corps humain, mais toujours schématisés, divisés dans ces parties, géométrisés. Les toiles sont remplies avec des plans qui revèlent le volume, l’air, l’éspace et la lumière. On peut dire que ces oeuvres rendent visible les lois géométriques du construction. L’image est dépouillé de toute décoration, pour soulever les lignes de perspective et de forme, l’architecture à la base de chaque image et chaque objet. Le constructivisme rend alors matériel le savoir de la composition de la nature et de toute création artificielle. Il accomplie un projet radicalement matérialiste: le travaille de la construction révèle la “vérité” rationelle de la matière […].

Varvara Stepanova à l’Inkhuk: de l’art religieux et tradionel à l’art autonome et ésthetisé

Le rationalisme des toiles constructivistes préfigurait et refletait l’ordre d’une société organisée selon la logique communiste. […] L’arrivée de l’état socialiste est une nécessité de l’histoire, selon Marx; elle est un résultat de forces incontestables qui aboutissent dans l’anéantissement du capitalisme, et dans l’inauguration d’un gouvernement par le prolétariat […]. Dans une conférence sur le constructivisme fait par Varvara Stepanova à l’Inkhuk*6  en 1921, elle oppose la cognition expérimentale à la contemplation, et propose que la pensée active puisse détruire le valeur sacré prêté à l’art par découvrir sa base matérielle. L’inspiration inconscient de l’artiste bourgeois est prononcée accidentelle et irrationelle, et est dépassée par l’intentionalité conciente d’action organisée. La trajectoire de l’art est décrit par Stepanova de passer de l’art religieux et tradionel à l’art autonome et ésthetisé pour arriver à son vrai but, la production fonctionelle. […]. 

Le dialectique marxiste montre que ce qu’était consideré comme rationel dans la société bourgeoise est en verité mystifiant. Les constructivistes accusaient la même chose à l’art du passé. Ils voulaient dépouiller l’art de toutes ses prétentions et mystifications, et rendre claire les processus réelles de la fonctionment de la matière. Le savoir de cette fonctionment réel leur permettera de bâtir des objets utiles qui, à leur tour, produiront une societé éfficace, organisée, juste et réellement rationel. C’est donc une simplification d’opposer l’irrationalité des surréalistes avec le rationalité des constructivistes. Le “Zweckrationalismus” bourgeois que ceux-là rejètent, n’est pas la même chose que le rationalisme qu’embrassent ceux-ci.

Le constructivisme comme partie de la construction de la nouvelle société

Le constructivisme se voyait alors comme faisant partie de la construction de la nouvelle société, en mérite de la fonctionalité de leurs productions artistiques et l’intégration complête de l’art dans la vie pratique. Ils opposaient à l’autonomie impuissante de l’art ésthetique bourgeois un art utile. Rodchenko écrivait en 1921, “painting is ahead of life…it merely foresees the future. You will all be just as these nonobjective forms, tone, weight and composition are now.”*7  Si l’art a une telle puissance de montrer le futur, s’il possède l’aptitude de révèler les points critiques dans la construction de la nouvelle société et d’indiquer la direction qu’il faut prendre, il ne peut pas être réduit au simple rôle d’outil. La compétence de diriger les faits réels présuppose une position ne pas mélée indifférenciablement dans la vie sociale, mais une qui est à part et qui peut de cette distance suggerer d’idées nouvelles. La désignation “avant-garde” donne un nom à cette position désirée. L’opposition autonomie/utilité n’est donc pas suffisante pour comprendre la relation que les constructivistes voulaient établir entre eux et la société. Angela Völker évoque cette difficulté dans son article “Is the Future a Goal?” sur Aleksandr Rodchenko et Varvara Stepanova.*8  Rodchenko et Stepanova voyaient la tâche du constructivime d’être la déstruction de tout art décoratif, ésthétique et autonome, et la réintégration de l’art dans la vie réele des hommes et de la nature.

Mais cette réintégration était nuancée par un désir de former la nouvelle société et le nouvel homme. Si Rodchenko écrivait en 1921 que “The art of the future will not be the agreeable decoration of family apartments. It will be just as indispensible as 48-storey skyscrapers, gigantic bridges, the wireless telegraph, aeronautics, submarines and so forth,” *9 il est implicite que l’art éxistera dans ce future comme une catégorie, peut-être très lié à la production industrielle, mais pas identique avec elle. Les constructivistes se démenaient pour trouver une position pour leurs activités qui ne disparerait pas complêtement dans l’utilité, mais qui ne se séparerait non plus dans une autonomie alienée […].

Créer un nouvel Homme

Stepanova et Rodchenko consideraient que l’art avait le pouvoir de transformer la société, même de créer un nouvel homme.*10  L’intention de leur travaille était de révolutionner les sensibilités de la masse. Stepanova dessinait des vêtements pour l’ouvrier nouveau, Rodchenko créait des designs pour des papiers d’emballage pour des bonbons, pour en citer seulement deux examples. Leur intention explicite était de transformer la mentalité, les gouts, des gens. Völker écrit que:
The design of everyday objects was an important field in which the artist, as herald of the new forces, could fulfil his desire and his duty to affect the masses.[…] A novel feature now was that the artist saw himself as part of the power apparatus and not as a mere hireling thereof – the Soviet avantgarde were certainly conscious of being in a position of power. *11

 

Stalin et la fin du constructivisme

Un sens de pouvoir ni est suffisant de repondre à des questions spécifiques de téchnique, ni de garantir que le problème du rôle de l’art dans la société n’aboutira dans l’échec total des buts du constructivisme. Embrasser la notion d’utilité courait toujours le risque de tomber dans la passivité de l’outil […]. La fin du constructivisme […] arrivait avec l’ascension au pouvoir de Stalin, qui terminait vite la période d’experimentation dans les art qui suivait la révolution, et instituait une politique qui souméttait les inventions de composition sous les besoins de l’état. Les constructivistes qui continuaient à poursuivre leur objectif de rendre leur art utile pour le fonctionment d’une société révolutionaire, voyaient la disparition de leurs libertés et les préceptes du gouvernement dictant toute production. “The age of Stalin did in fact realize the avantgarde’s dream of ordering the whole of social life in accordance with an overall artistic plan, but not of course in the way the avantgarde had envisaged it.” *12

Voilà la difficulté de déterminer si les constructivistes ont “réussi” ou non. L’utilisation immédiate pour les besoins de la societé socialiste et industrielle était l’objectif déclaré de leur art.

On pourrait alors conclure que la production de la propagande staliniste et la construction des bâtiments et monuments pour l’état étaient la réalisation de cet objectif. Mais la réalité était que la machinerie de l’état a absorbé completement l’art dans l’utilité et qu’il n’est resté à ce moment-là aucun différence entre l’artiste et l’ingénieur – mais c’était plutôt une disparition de l’artiste qu’un synthèse des deux. Le success d’avoir rentrer l’art dans les pratiques de la vie se révèlait comme Pyrrhique […]. Même si cet état employait des architectes et propagandistes constructivistes, ce n’était plus l’art qui transformait la vie, mais la vie staliniste qui soumettait l’art à ses fins idéologiques […]. Quelques uns des avant-gardistes se soumettaient aux demandes de l’état, autres allaient en exile, autres étaient même arrêtés et envoyés dans des camps où ils mouraient.*13

Zweckrationalismus à l’ouest et Stalinisme à l’est

Mais la plupart des constructivistes importants revenaient aux formes artistiques traditionelles (au moins pré-avant-gardiste), et finissaient leurs carrières comme par example Varvara Stepanova qui abondonnait les principes du constructivisme et s’est mise à peintre des paysages dans un style impressioniste.*14 Les surréalistes et dadaïstes ont vu leurs productions être intégrés par l’industrie culturelle dans la logique d’efficacité rationel qu’ils voulaient briser. Les constructivistes, qui embrassaient l’efficacité et le rationalité dans le foi de leurs possibilités revolutionnaires, ont vu la répression triompher sur l’innovation dans l’experiment qu’était l’Union Soviétique. L’echec des constructivistes peut être lié directement à la chute du projet socialiste dans l’U.R.S.S. Par contre, l’echec des surréalistes peut être lié directement au triomphe du “Zweckrationalismus” capitaliste dans l’ouest.

1 Noever 158. Accentuations dans l’original.
2 The following is a strongly shortened version of the original essay by Millay Hyatt.
3 Je ne prétend évidamment pas d’avoir expliqué les mouvements surréaliste et dadaïste dans ce petit sommaire. 
4 Encore une simplification: la société russe avant la révolution était plutôt féodale que capitaliste.
  Fer 98, 105.
5 Institut Khudozhestvennoy Kul’tury Institut de Culture Artistique, fondé en 1920 pour le récherche théoretique sur l’art. 
6 dans l’essai “Everything is Experiment,” en Noever 131.
7 dans Noever 23-31.
8 Everything is Experiment,” 132.
9 Völker en Noever 24.
10 Ibid. 28.
11 Groys, cité par Völker (Noever 29).
12 Hugh Hudson, dans son livre Blueprints and Blood: The Stalinization of Soviet Architecture, 1917-1937 trace ce developement dans l’architecture: de l’experimentation énergique après la révolution, jusqu’à l’oppression, et purges, staliniennes dans les années trente.
13 Voir les réproductions dans Noever 151 et autres.

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